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Christian Oster, La Vie automatique

By admin, 25 juin 2017 17:48

Horla ?

Une maison brûle : le narrateur, au lieu d’appeler les secours, temporise et regarde. A l’extérieur de sa maison, et à l’extérieur, semble-t-il, de lui-même. Spectateur de sa vie, hors, là… « C’est cette passivité qui comptait, dans laquelle je m’étais réfugié, ou investi… »
Résolument investi dans le néant, il se rend à Paris et s’installe à l’hôtel. Impliqué modérément dans ses rôles de comédien, il retrouve sur un tournage une actrice autrefois célèbre, France Rivière, qui l’invite chez elle. Là, il comprend que sa présence est requise par la surveillance de Charles, le fils de son hôte, atteint d’une mystérieuse pathologie psychiatrique, sur laquelle il échafaude quelques hypothèses plaisantes :


« Une sorte de tropisme, en somme. Quelque chose comme du japonisme. La manie, à tout moment, et de façon parfaitement inopinée, de s’envoler pour le Japon. Réflexe onéreux, pathologie lourde. Et moi ? »
Un voyage au Japon en compagnie de Charles constitue donc une nouvelle translation, sans plus de sens manifeste que les précédentes. Puis reprennent les tournages. Les scènes, décrites avec minutie et un humour subtil, illustrent le doute hyperbolique qui frappe les personnages :
« … en réalité on travaillait ensemble sur des vies qui n’étaient pas les nôtres, en tentant de les approcher comme si c’étaient les nôtres mais sans rien dévoiler de ce qu’étaient les nôtres, peut-être parce qu’en les dévoilant on aurait vu qu’elles ne nous appartenaient pas tout à fait non plus. »
Au « trou noir » du passé s’oppose la surface blanche et lisse du présent, mimée par des mots qui n’absorberont rien… Ces mots, comme de petites perles, tissent une vie ténue, suspendue au fil têtu de la plume :
« Jusqu’à preuve du contraire, c’est moi le fou. »

Christian Oster, La Vie automatique, éditions de l’Olivier, février 2017.

Gwenaëlle Ledot.

Salvador Juan, Sociologie d’un génie de la poésie chantée : Brassens

By admin, 25 février 2017 11:34

Brassens, une magie reparue

Salvador Juan, Sociologie d’un génie de la poésie chantée : Brassens, Le Bord de L’eau éditions, janvier 2017.

Un essai sociologique fait renaître la magie de la poésie chantée : Salvador Juan démontre en quoi (et dans quelle écriture) Brassens a tracé un portrait génial et inédit d’une certaine société française, composant, à sa manière provocatrice et quasi surréaliste, un tableau kaléidoscopique. L’auteur fait appel à Jean Duvignaud pour mettre en lumière une transgression des normes qui « porte aussi les germes de la résistance humaine et peut engendrer du changement social. »[1] ; à Edgar Morin pour éclairer la situation (complexe) de l’artiste au regard de la culture de masse ; à Elisabeth Badinter pour rendre compte d’une (bien regrettable) essentialisation de la femme, perceptible dans la plupart des textes : Brassens, pointe à ce propos une jeune sociologue, a toujours dépeint les femmes comme « appartenant à une « espèce à part », qui « n’entreront pas dans le club de l’amitié virile où tout est simple et beau, entre individus libres et égaux… »[2] S. Juan souligne quant à lui que le poète a pour essence de « capter et synthétiser l’esprit du temps… », sur ce sujet comme sur bien d’autres…


D’autres facettes, plus souriantes, de Brassens sont élégamment illustrées par d’abondants extraits de l’œuvre : son écriture facétieuse, au service d’un imaginaire puissant, génère des « pantalonnades » riches de sens ; sa méfiance salvatrice assassine les enrôlements suspects et les emportements idéologiques, quels qu’ils soient. L’auteur livre également une subtile analyse des problèmes infinis que posent aux traducteurs étrangers les textes ciselés de Brassens (et d’en montrer aussi les réussites, comme autant de preuves qu’un « traduttore » n’est pas inéluctablement « traditore »…) Le polisson de la chanson, très conscient des ressorts et de l’influence de son art, s’inscrit résolument dans une tradition littéraire, de Villon à Rabelais, Hugo et Aragon ; et l’analyse du discours à laquelle se livre l’auteur met en lumière ses trouvailles verbales innombrables, un art indiscuté de la concision et de la formule, pour parvenir très logiquement à cet énoncé de reconnaissance bien légitime :

“Le prix Nobel de littérature colombien Gabriel Garcia Marquez déclare en 1981 : « Il y a quelques années, au cours d’une discussion littéraire, quelqu’un m’a demandé qui était le meilleur poète contemporain en France. J’ai répondu sans hésitation Georges Brassens.”[3]

Salvador Juan, Sociologie d’un génie de la poésie chantée : Brassens, Le Bord de L’eau éditions, janvier 2017.

Gwenaëlle Ledot.


[1] page 81

[2] page 58

[3] Cité à la page 142 de l’ouvrage.

Denis Grozdanovitch, Le Génie de la bêtise

By admin, 17 février 2017 15:01

De l’Âne.

Une icône paradoxale de la bêtise ? Denis Grozdanovitch a beau jeu de démontrer, dans les premières pages de son essai, que l’âne n’est pas celui qu’on croit : les cruautés infligées à l’animal n’en finissent-elles pas de désigner l’ineptie abyssale de l’être humain ? Le poème de Francis Jammes « Prière pour aller au paradis avec les ânes », révèle, à la clef, sa conviction profonde : l’empathie avec le vivant préserverait l’esprit humain des nombreuses ornières de la bêtise.

Dans le catalogue que l’auteur se propose d’établir, la « bêtise primordiale », celle des animaux, est salutaire :

Or le bonheur qui est relié à la bêtise ressemble à un simple et sourd contentement dont le ronronnement du chat me paraît donner une idée exemplaire. Une dense et douce euphorie, proche de certaines extases matérielles. Une solide et compacte ataraxie où ne s’insinue aucune pointe d’angoisse.”

Être, ne point s’agiter, ni quêter jamais son essence dans l’agitation : « Le chat ne fait rien, il « est », comme un roi. » Une idée toute schopenhauerienne parcourt ces pages : la non-coïncidence avec le réel fait le malheur de l’homme ; tout comme le refus de percevoir cette impuissance spécifique, et de saluer la supériorité animale à cet égard : « En réalité, cette conscience aiguë, dont nous sommes si fiers et qui va de pair avec notre faculté d’abstraction et avec notre volonté de planification systématique, est aussi ce qui fait notre malheur, qui empoisonne nos vies à petit feu… ».

Guidés par une plume dansante, nous découvrons la « bêtise de l’intelligence » : elle dépend, semble-t-il, de « modèles » et de « postures » qui finissent inéluctablement par gommer la complexité mouvante du réel, pour tous ceux qui détiennent la clef explicative (et définitive) de l’existence…(1)

…savoir que nous passionner pour une idée, pour une théorie, est inévitable, mais garder en même temps à l’esprit que ça n’est qu’une posture, une posture tout aussi bête que toutes celles qui nous apparaissent comme telles chez les autres.”

La bêtise savante est perceptible dans les démonstrations les plus brillantes des plus grands esprits, où se glissent çà et là quelques raisonnements incertains, dont l’auteur pointe habilement les failles. C’est l’occasion d’un rappel à l’humilité : « Quand ça devient trop sophistiqué, j’invoque le sens commun pour qu’il m’assiste » (2). Car c’est une aventure périlleuse que de vouloir mettre en concepts une réalité héraclitéenne :

Quelle que soit la valeur, la puissance de pénétration d’une explication, c’est encore et encore la chose à expliquer qui est la plus réelle, - et parmi sa réalité figure précisément ce mystère que l’on a voulu dissiper.(3)

On n’oublie pas la bêtise névrotique, intégrée aux formes multiples de la bêtise ordinaire : conduites répétitives, comportements absurdes et d’échec, auxquels les esprits brillants ne sauront échapper ; ou encore la bêtise « sociétale » (snobismes esthétiques ou dogmes contemporains, objets de descriptions réjouissantes). On se dira que l’empan est bien large, et que les manières d’être bête donnent l’embarras du choix… La catégorisation importe-t-elle vraiment ? Se dégagent de ces pages, telle une brume rafraîchissante, l’incertitude de toute chose, le risque qu’il y a à théoriser de façon définitive et l’impérieux désir de rejoindre par des chemins divers (jeu, méditation, contemplation) une réalité plus immédiate… Osera-t-on écrire que l’on se sent moins sot à la lecture de cet ouvrage, truffé de références érudites et malicieuses, et dont l’élégance distanciée prévient tout risque de bêtise savante ? L’écriture, avançant à sauts et gambades, mêle l’examen minutieux de textes exigeants à des petits faits narrés avec simplicité, rencontres fécondes et émerveillements esthétiques. « Venez, doux amis du ciel bleu… »


Le Génie de la bêtise, Denis Grozdanovitch, Grasset, janvier 2017.

Gwenaëlle Ledot.


(1) Clément Rosset évoque à ce propos, dans Le réel et son double « tous ceux qui, doutant d’eux-mêmes, entreprennent de chercher le salut dans un modèle : autre magique dont j’espère qu’il me fera échapper à mon sort, alors qu’il m’enferme inexorablement en moi-même. »  (Folio Essais, p. 110)

(2) Raffaele La Capria, La Mouche dans la bouteille, éloge du sens commun, cité par D. Grozdanovitch à la page 112.

(3) Paul Valéry in Analectes, cité par D. Grozdanovitch à la page 180.

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By admin, 6 février 2017 21:40

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Félix Buhot. 1847-1898. Peintre d’atmosphères.

By admin, 4 novembre 2016 17:40

Félix Buhot. 1847-1898. Peintre d'atmosphères. : Catalogue de l'exposition du musée Thomas Henry de Cherbourg-en-Cotentin (25 juin - 25 septembre 2016)

Félix Buhot. 1847-1898. Peintre d'atmosphères.

« D’aristocrate qu’elle était autrefois… »

Le catalogue de l’exposition consacrée au peintre et graveur Félix Buhot par le musée Thomas Henry fait renaître les plus belles images d’une ville empreinte d’histoire et de littérature. Au cœur de l’ouvrage, qui reproduit les œuvres fameuses, Bruno Centorame dédie un article inspiré au Valognes de Félix Buhot. L’artiste, natif de cette petite ville normande, en a mis en lumière les facettes diverses : scènes populaires, lumière après la pluie, silhouettes urbaines, traces monumentales d’un temps glorieux et disparu, « des hôtels de seigneurs trop vastes et trop beaux ». Le tableau intitulé « Les oies » (et ses variations) déploie sans nostalgie un charme agreste et épuré ; les eaux-fortes réalisées pour le Chevalier Destouches et L’Ensorcelée rappellent que Valognes fut également la « ville adorée » de Barbey d’Aurevilly. Quant au fascinant Nocturne à l’entrée de l’église de Valognes, il évoque, explique l’auteur, un romantisme noir, puisque, décidément, l’époque oscille entre Victor Hugo et Huysmans, entre frisson du sacré et tentations pré-décadentes.
Quant à Valognes… l’un des talents de l’artiste est d’avoir capturé l’esprit du lieu (« D’aristocrate qu’elle était autrefois, la petite ville est devenue contemplative et recueillie ») et d’avoir saisi les fantasmatiques reliques d’un temps flamboyant.

Félix Buhot. 1847-1898. Peintre d’atmosphères. : Catalogue de l’exposition du musée Thomas Henry de Cherbourg-en-Cotentin (25 juin - 25 septembre 2016).

Louise Le Gall ; Julie Jourdan ; Gilles Soubigou ; Bruno Centorame ; Margaux Tangre

Éditeur : Ville de Cherbourg-en-Cotentin - Conservation des musées

Catalogue de l'exposition du musée Thomas Henry de Cherbourg-en-Cotentin

Article rédigé par Gwenaëlle Ledot.

Mémoire de fille, Annie Ernaux

By admin, 14 mai 2016 16:08

Mémoire de fille, d’Annie Ernaux

Qu’est-ce que la mémoire et qu’est-ce qu’une fille ? Saisir un fantôme, peindre une silhouette, attraper une « sylphide au fond de la coulisse » (1) ? Et creuser sans relâche, questionner un passé violent, interroger sans limites l’essence d’une fille qu’elle a (peut-être) été. L’objet du texte est explicitement réflexif, puisqu’on construit une identité par l’écriture. Quelle est la possibilité de comprendre ce qu’on a été un jour ? Quelle possibilité de l’appréhender par les mots ?


De quoi est constituée cette fille de 1958 ? Les données sociologiques et psychologiques sont vite survolées ; ce sont des images gravées par la souffrance qui vont donner l’élan au texte. Elles n’existeront que par les mots qui les informent. Car « l’autre fille » torture de la pâte à papier pour en exprimer une parcelle de vérité.


« Horloge ! Dieu sinistre, effrayant, impassible… »


Que se passe-t-il au moment où « la fille » cède aux avances d’un quasi-inconnu ? Qui est-elle lorsqu’elle se laisse emporter par la volonté d’un Autre ? Où est-elle lorsqu’elle abdique son être et sa conscience ? L’auteur décrit une « fille de chiffon », prisonnière de son désir confus et du désir émietté d’autrui : « Il m’est impossible de saisir tous les glissements, la logique, qui l’ont conduite à l’état où elle se trouve. » (2)


Elle est donc celle qui disparaît sciemment, pour explorer (peut-être) un anéantissement prévisible, et plonger au fond du gouffre. Elle est celle, aussi, constituée déjà de morceaux textuels : poèmes de Prévert et de Laforgue, phrases de Proust ou de Gide mémorisés. Elle est un nom (Annie Duchesne), mais ce nom pourrait être un autre (Duménil), et plus tard ne sera plus le sien.


Lorsqu’elle se cherche dans les autres du passé, quelques camarades de 1958, ceux-ci ont disparu (même sur Google). Il reste quelques scènes, monstrueusement distendues, tandis que d’autres « ponts » de la mémoire se sont absolument effacés. Caprices du souvenir.


La saisie et la construction du moi par le texte restent eux-mêmes frappés d’insuffisance et d’impuissance : « Il manque toujours ceci : l’incompréhension de ce qu’on vit au moment où on le vit, cette opacité du présent qui devrait trouer chaque phrase, chaque assertion. » (3)


Et encore ce déséquilibre vertigineux : qui étions-nous dans le regard des autres ? Que reste-t-il de nous dans leur esprit ? Ceux qui ont envahi et habité notre âme pendant des années nous ont mystérieusement balayés. Distorsion de la durée, disproportion des impacts.


« Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi ! »


Mais une phrase paradoxale écrite par la fille du passé, retrouvée dans les pages d’un journal, semble livrer la clef du récit, sinon la clef d’une vie : « Je ne suis pas culturelle, il n’y a qu’une chose qui compte pour moi, saisir la vie, le temps, comprendre et jouir. » La fille rend compte par anticipation de la lutte acharnée, parfois violente, menée par l’auteur pour saisir avec de l’encre quelques paillettes d’existence.


« Le gouffre a toujours soif, la clepsydre se vide. »

Mémoire de fille, Annie Ernaux, Gallimard, mars 2016.

Gwenaëlle Ledot.


(1) Baudelaire, « L’Horloge », Les Fleurs du Mal.

(2) Annie Ernaux, Mémoire de fille, p. 53

(3) Ibid., p. 115.

Articles consacrés à Annie Ernaux sur ce site.

Revue Elseneur N° 25, 2010.

Sommaire

Camille Laurens, Celle que vous croyez

By admin, 9 mai 2016 15:12

Humus

Le lieu initial est un hôpital psychiatrique, où Claire, l’une des narratrices, s’entretient avec un médecin. C’est cette conversation que retranscrit la majeure partie du roman. Cependant l’agencement du récit, un brin facétieux, met en scène plusieurs protagonistes dont l’identité et l’histoire sont mouvantes ; leurs parcours incertains se partagent entre celle qui vit et celle qui écrit, celle qui regarde et celle qui souffre, masques multiples et avatars d’une même âme. Celle que vous croyez ?

Ce sera donc l’histoire d’une femme et de son malheur, l’histoire de toutes les femmes et leur malheur commun, l’Insupportable d’un asservissement jamais démenti ; certainement, le « désastre féminin » (1) que décrivait un autre grand auteur français contemporain. Mais le constat fait place à l’émanation d’une folie individuelle, parfois vertigineuse et violente, parfois valse mélancolique ; celle qui, prise à la loupe, ouvre sur les nuances universelles du malheur.

Être folle ? Ce que c’est qu’être folle ? Vous me le demandez ? C’est vous qui me le demandez ?

C’est voir le monde comme il est. Fumer la vie sans filtre. S’empoisonner à même la source.” (2)

L’obsession amoureuse qui devient progressivement l’objet de ces pages n’est qu’une manière parmi d’autres d’accéder à un état d’hyperlucidité ; celui qui nous fera saisir, conjointement, la force de la vie et son anéantissement.


“Elle s’était transformée en attente. Elle attendait, elle était entièrement occupée à cela : attendre. Qu’est-ce qu’elle attendait ? Rien, justement. Elle attendait un mort, qu’il revienne, elle attendait l’amour, qu’il arrive, elle attendait le pardon, qu’il lui soit donné ? […]

L’attente était devenue son être, l’attente avait dissous l’objet de l’attente. Elle était statufiée dans cette posture, un deux trois soleil éternel, Pénélope sans prétendants, Pénélope sans retour d’Ulysse, mais qui s’obstine à défaire la vie qu’elle pourrait vivre.” (3)

La plongée d’un personnage dans la folie est indissociable de sa noyade dans les mots ou dans le désir. « Les livres sont faits de ces souvenirs qui s’entassent comme les feuilles d’arbre deviennent la terre. Des pages d’humus. » Le texte naît à partir d’autres textes – comment pourrait-il en être autrement ? - et aspire pour s’en nourrir le grand chagrin de Claire ou de Camille. Les narratrices absorbent, pour l’écriture, l’amertume du désir et de la perte. Le récit fantasmatique et brumeux qui en émerge, kaléidoscopique, est une pâte à papier, remâchant le grand malheur de toute vie.


Camille Laurens, Celle que vous croyez, Gallimard, 2016.

Gwenaëlle Ledot.
……………………………………….

(1) Annie Ernaux.

(2) Celle que vous croyez, page 69.

(3) Ibid., p. 111.

Laurent Binet, La septième fonction du langage

By admin, 10 avril 2016 17:29

« Tu vois, c’est la langue… »Afficher l'image d'origine

Un conte cruel raconté par un linguiste, et qui ne signifie rien : le dernier roman de Laurent Binet entraîne son lecteur dans la résolution d’une énigme policière (la mort de Roland Barthes, vrai-faux accident de voiture ?) et d’une énigme épistémologique : recherche de la « septième » fonction du langage qui aurait été laissée de côté par Jakobson…
Un « Cinquième élément » à la mode intellectuelle et parisienne ? Un parcours érudit et satirique à la fois, qui met en scène Sollers et Kristeva, Foucault, Derrida et Searle… et ne se prive jamais de les associer aux figures médiatico-politiques de l’époque (Giscard, Lang ou Mitterrand) : tous à la recherche du pouvoir performatif, celui qui fait advenir les choses par la parole.
Ingrédients savamment mêlés : la pragmatique pour les nuls, le structuralisme pour amateurs, le faux thriller et l’inévitable peinture sociologique des cercles parisiens. Laurent Binet se joue brillamment des codes et des thèses. Il jongle avec les invraisemblances et les fonctions méta-narratives : son héros Simon, baladé et même torturé tout au long de ce texte burlesque par un auteur sans pitié, aura in fine le dernier mot. La dernière partie, mise en abyme ludique, se joue des règles narratologiques. Le personnage principal, conscient d’être promené dans des situations de plus en plus rocambolesques (jusqu’où le lecteur peut-il accepter cette pétillante invraisemblance ?) lance à son créateur un ultime et facétieux défi : « Tu vois, c’est la langue qu’il fallait me couper.»

Laurent Binet, La septième fonction du langage, Paris, Grasset, août 2015.

Gwenaëlle Ledot.

Nathalie Azoulai, Titus n’aimait pas Bérénice

By admin, 23 décembre 2015 14:38

Afficher l'image d'origineCaeco carpitur igni (1)

La narratrice du roman a été abandonnée par un certain Titus, au profit de son épouse, appelée « Roma » : c’est l’origine d’un questionnement infini, littéraire et amoureux. La tragédie racinienne s’y invite naturellement, avec son cortège de doubles : la reine Bérénice, l’empereur romain Titus et l’abandon de l’une par l’autre (… invitus, invitam, comme on sait).

Qui est le double de qui ? La pitoyable histoire de la Nouvelle Bérénice était-elle en germe dans la trame antique ? Ou bien l’amoureuse moderne cherche-t-elle uniquement à cerner sa souffrance, usant des procédés de la musique racinienne : « Racine, c’est le supermarché du chagrin d’amour… » Disséquer les passions mène ici à un questionnement esthétique, stylistique, obsédant : d’où vient la mélodie de ce vers racinien ?

Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire…

Percer le mystère d’un triste alexandrin… La pulsation du style vit de transports affectifs mués en chapelets précieux. L’enjeu est de sonder l’énigme Jean Racine, sa vie-son œuvre, les trésors de sa plume ; ainsi, la fiction biographique construit un personnage complexe, habité par l’écriture et par ses lectures. Virgile sera la clef intertextuelle de la quête, le tiers nécessaire aux interrogations obsédantes et aux cendres de réponses… Et le chant IV de l’Enéide, gravé dans son esprit, devient le fil rouge de la douleur : la reine Didon « pallida morte futura » (déjà pâle d’une mort future) s’impose comme la silhouette qui précède et explique Bérénice. Plus tard, il y aura encore Phèdre : la fille de Minos et de Pasiphaé incarne, à son tour, une passion brûlante comme un or blanc.

La quête de Racine traque l’harmonie du vers, aiguisé par la douleur, par les douleurs. Un vers réitéré devient os ou couteau. Les émotions et les souffrances seront-elles contenues par les syllabes incantatoires De cette nuit Phénice as-tu vu la splendeur ? Ou suivront-elles comme un destin une chute en spirales …Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous… ?

Et que dire de l’art quand il s’agit de la vie ? La Bérénice narratrice ne sera pas reconnue par son Titus, la poésie minérale restera vaine. Alexandrin de cendres, de plomb ou d’or ne sauvera pas Bérénice, mais va l’entourer, l’enlacer, la ceindre de son obsession poétique : tous, finalement, iront obscurs dans la nuit solitaire.(2)

Titus n’aimait pas Bérénice, de Nathalie Azoulai, Paris, P.O.L., 2015.

Gwenaëlle Ledot.


1. Virgile, L’Enéide, Livre IV, cité par Nathalie Azoulai, p.45. « Elle se consume d’un feu aveugle… »

2. « Ibant obscuri sola sub nocte per umbram », Virgile, L’Enéide, cité par Nathalie Azoulai, page 39 sq.

Christian Oster, Le cœur du problème

By admin, 14 septembre 2015 9:21

Le dernier protagoniste de Christian Oster, un conférencier prénommé Simon, découvre un cadavre dans son salon. Sa compagne Diane quitte les lieux après avoir vraisemblablement tué l’homme (son amant ?) et part pour Londres. Le lecteur s’interroge, pas très longtemps d’ailleurs, avec le héros : pourquoi ce crime ? Et que peut-on faire de ce corps supplémentaire ?
L’ironie informe et soutient le texte : dans la vie, résolument quotidienne, de Simon, les tomates ne poussent pas ; les artisans n’envoient jamais les devis ; les rendez-vous de travail sont improductifs, l’éclairage municipal sous-budgétisé et l’accès à Ikéa très incertain. Le tragique et l’incompréhensible se dissolvent dans une routine insistante et des gestes automatisés. « On a beau faire. Un étranger, définitivement. »
Comment toucher « le cœur du problème » ? Le circonscrire ou tourner autour du pot ? Simon vit les petites choses de sa vie, espérant très vaguement quelque lumière. Le corps mort, tel une pièce de puzzle égarée, s’intègre imparfaitement à son quotidien. Il n’est jamais certain que ce cadavre soit la cause de l’entropie. Seulement le premier suspect, tel l’insecte de Kafka. Le monde avait-il davantage de sens avant ce corps absurde ?
Car « on fait parfois des choses incompréhensibles, n’est-ce pas ? » Paul, son meilleur ami, et Henri, gendarme à la retraite, promènent également leurs paradoxes, leurs histoires incertaines et biscornues dans un monde incomplet.
Un monde incomplet pour un nouveau Gregor Samsa : ce corps paradoxal ne manifeste rien d’autre que le vide. Et Simon, cerné de ces diverses silhouettes, restera seul : « La vie ne ressemble pas à grand-chose. »

Christian Oster, Le Cœur du problème, Editions de l’Olivier, août 2015.

Gwenaëlle Gibert-Ledot.


Christian Oster, Le cœur du problème, p. 94.

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