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Félix Buhot. 1847-1898. Peintre d’atmosphères.

By admin, 4 novembre 2016 17:40

Félix Buhot. 1847-1898. Peintre d'atmosphères. : Catalogue de l'exposition du musée Thomas Henry de Cherbourg-en-Cotentin (25 juin - 25 septembre 2016)

Félix Buhot. 1847-1898. Peintre d'atmosphères.

« D’aristocrate qu’elle était autrefois… »

Le catalogue de l’exposition consacrée au peintre et graveur Félix Buhot par le musée Thomas Henry fait renaître les plus belles images d’une ville empreinte d’histoire et de littérature. Au cœur de l’ouvrage, qui reproduit les œuvres fameuses, Bruno Centorame dédie un article inspiré au Valognes de Félix Buhot. L’artiste, natif de cette petite ville normande, en a mis en lumière les facettes diverses : scènes populaires, lumière après la pluie, silhouettes urbaines, traces monumentales d’un temps glorieux et disparu, « des hôtels de seigneurs trop vastes et trop beaux ». Le tableau intitulé « Les oies » (et ses variations) déploie sans nostalgie un charme agreste et épuré ; les eaux-fortes réalisées pour le Chevalier Destouches et L’Ensorcelée rappellent que Valognes fut également la « ville adorée » de Barbey d’Aurevilly. Quant au fascinant Nocturne à l’entrée de l’église de Valognes, il évoque, explique l’auteur, un romantisme noir, puisque, décidément, l’époque oscille entre Victor Hugo et Huysmans, entre frisson du sacré et tentations pré-décadentes.
Quant à Valognes… l’un des talents de l’artiste est d’avoir capturé l’esprit du lieu (« D’aristocrate qu’elle était autrefois, la petite ville est devenue contemplative et recueillie ») et d’avoir saisi les fantasmatiques reliques d’un temps flamboyant.

Félix Buhot. 1847-1898. Peintre d’atmosphères. : Catalogue de l’exposition du musée Thomas Henry de Cherbourg-en-Cotentin (25 juin - 25 septembre 2016).

Louise Le Gall ; Julie Jourdan ; Gilles Soubigou ; Bruno Centorame ; Margaux Tangre

Éditeur : Ville de Cherbourg-en-Cotentin - Conservation des musées

Catalogue de l'exposition du musée Thomas Henry de Cherbourg-en-Cotentin

Article rédigé par Gwenaëlle Ledot.

Mémoire de fille, Annie Ernaux

By admin, 14 mai 2016 16:08

Mémoire de fille, d’Annie Ernaux

Qu’est-ce que la mémoire et qu’est-ce qu’une fille ? Saisir un fantôme, peindre une silhouette, attraper une « sylphide au fond de la coulisse » (1) ? Et creuser sans relâche, questionner un passé violent, interroger sans limites l’essence d’une fille qu’elle a (peut-être) été. L’objet du texte est explicitement réflexif, puisqu’on construit une identité par l’écriture. Quelle est la possibilité de comprendre ce qu’on a été un jour ? Quelle possibilité de l’appréhender par les mots ?


De quoi est constituée cette fille de 1958 ? Les données sociologiques et psychologiques sont vite survolées ; ce sont des images gravées par la souffrance qui vont donner l’élan au texte. Elles n’existeront que par les mots qui les informent. Car « l’autre fille » torture de la pâte à papier pour en exprimer une parcelle de vérité.


« Horloge ! Dieu sinistre, effrayant, impassible… »


Que se passe-t-il au moment où « la fille » cède aux avances d’un quasi-inconnu ? Qui est-elle lorsqu’elle se laisse emporter par la volonté d’un Autre ? Où est-elle lorsqu’elle abdique son être et sa conscience ? L’auteur décrit une « fille de chiffon », prisonnière de son désir confus et du désir émietté d’autrui : « Il m’est impossible de saisir tous les glissements, la logique, qui l’ont conduite à l’état où elle se trouve. » (2)


Elle est donc celle qui disparaît sciemment, pour explorer (peut-être) un anéantissement prévisible, et plonger au fond du gouffre. Elle est celle, aussi, constituée déjà de morceaux textuels : poèmes de Prévert et de Laforgue, phrases de Proust ou de Gide mémorisés. Elle est un nom (Annie Duchesne), mais ce nom pourrait être un autre (Duménil), et plus tard ne sera plus le sien.


Lorsqu’elle se cherche dans les autres du passé, quelques camarades de 1958, ceux-ci ont disparu (même sur Google). Il reste quelques scènes, monstrueusement distendues, tandis que d’autres « ponts » de la mémoire se sont absolument effacés. Caprices du souvenir.


La saisie et la construction du moi par le texte restent eux-mêmes frappés d’insuffisance et d’impuissance : « Il manque toujours ceci : l’incompréhension de ce qu’on vit au moment où on le vit, cette opacité du présent qui devrait trouer chaque phrase, chaque assertion. » (3)


Et encore ce déséquilibre vertigineux : qui étions-nous dans le regard des autres ? Que reste-t-il de nous dans leur esprit ? Ceux qui ont envahi et habité notre âme pendant des années nous ont mystérieusement balayés. Distorsion de la durée, disproportion des impacts.


« Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi ! »


Mais une phrase paradoxale écrite par la fille du passé, retrouvée dans les pages d’un journal, semble livrer la clef du récit, sinon la clef d’une vie : « Je ne suis pas culturelle, il n’y a qu’une chose qui compte pour moi, saisir la vie, le temps, comprendre et jouir. » La fille rend compte par anticipation de la lutte acharnée, parfois violente, menée par l’auteur pour saisir avec de l’encre quelques paillettes d’existence.


« Le gouffre a toujours soif, la clepsydre se vide. »

Mémoire de fille, Annie Ernaux, Gallimard, mars 2016.

Gwenaëlle Ledot.


(1) Baudelaire, « L’Horloge », Les Fleurs du Mal.

(2) Annie Ernaux, Mémoire de fille, p. 53

(3) Ibid., p. 115.

Articles consacrés à Annie Ernaux sur ce site.

Revue Elseneur N° 25, 2010.

Sommaire

Camille Laurens, Celle que vous croyez

By admin, 9 mai 2016 15:12

Humus

Le lieu initial est un hôpital psychiatrique, où Claire, l’une des narratrices, s’entretient avec un médecin. C’est cette conversation que retranscrit la majeure partie du roman. Cependant l’agencement du récit, un brin facétieux, met en scène plusieurs protagonistes dont l’identité et l’histoire sont mouvantes ; leurs parcours incertains se partagent entre celle qui vit et celle qui écrit, celle qui regarde et celle qui souffre, masques multiples et avatars d’une même âme. Celle que vous croyez ?

Ce sera donc l’histoire d’une femme et de son malheur, l’histoire de toutes les femmes et leur malheur commun, l’Insupportable d’un asservissement jamais démenti ; certainement, le « désastre féminin » (1) que décrivait un autre grand auteur français contemporain. Mais le constat fait place à l’émanation d’une folie individuelle, parfois vertigineuse et violente, parfois valse mélancolique ; celle qui, prise à la loupe, ouvre sur les nuances universelles du malheur.

Être folle ? Ce que c’est qu’être folle ? Vous me le demandez ? C’est vous qui me le demandez ?

C’est voir le monde comme il est. Fumer la vie sans filtre. S’empoisonner à même la source.” (2)

L’obsession amoureuse qui devient progressivement l’objet de ces pages n’est qu’une manière parmi d’autres d’accéder à un état d’hyperlucidité ; celui qui nous fera saisir, conjointement, la force de la vie et son anéantissement.


“Elle s’était transformée en attente. Elle attendait, elle était entièrement occupée à cela : attendre. Qu’est-ce qu’elle attendait ? Rien, justement. Elle attendait un mort, qu’il revienne, elle attendait l’amour, qu’il arrive, elle attendait le pardon, qu’il lui soit donné ? […]

L’attente était devenue son être, l’attente avait dissous l’objet de l’attente. Elle était statufiée dans cette posture, un deux trois soleil éternel, Pénélope sans prétendants, Pénélope sans retour d’Ulysse, mais qui s’obstine à défaire la vie qu’elle pourrait vivre.” (3)

La plongée d’un personnage dans la folie est indissociable de sa noyade dans les mots ou dans le désir. « Les livres sont faits de ces souvenirs qui s’entassent comme les feuilles d’arbre deviennent la terre. Des pages d’humus. » Le texte naît à partir d’autres textes – comment pourrait-il en être autrement ? - et aspire pour s’en nourrir le grand chagrin de Claire ou de Camille. Les narratrices absorbent, pour l’écriture, l’amertume du désir et de la perte. Le récit fantasmatique et brumeux qui en émerge, kaléidoscopique, est une pâte à papier, remâchant le grand malheur de toute vie.


Camille Laurens, Celle que vous croyez, Gallimard, 2016.

Gwenaëlle Ledot.
……………………………………….

(1) Annie Ernaux.

(2) Celle que vous croyez, page 69.

(3) Ibid., p. 111.

Laurent Binet, La septième fonction du langage

By admin, 10 avril 2016 17:29

« Tu vois, c’est la langue… »Afficher l'image d'origine

Un conte cruel raconté par un linguiste, et qui ne signifie rien : le dernier roman de Laurent Binet entraîne son lecteur dans la résolution d’une énigme policière (la mort de Roland Barthes, vrai-faux accident de voiture ?) et d’une énigme épistémologique : recherche de la « septième » fonction du langage qui aurait été laissée de côté par Jakobson…
Un « Cinquième élément » à la mode intellectuelle et parisienne ? Un parcours érudit et satirique à la fois, qui met en scène Sollers et Kristeva, Foucault, Derrida et Searle… et ne se prive jamais de les associer aux figures médiatico-politiques de l’époque (Giscard, Lang ou Mitterrand) : tous à la recherche du pouvoir performatif, celui qui fait advenir les choses par la parole.
Ingrédients savamment mêlés : la pragmatique pour les nuls, le structuralisme pour amateurs, le faux thriller et l’inévitable peinture sociologique des cercles parisiens. Laurent Binet se joue brillamment des codes et des thèses. Il jongle avec les invraisemblances et les fonctions méta-narratives : son héros Simon, baladé et même torturé tout au long de ce texte burlesque par un auteur sans pitié, aura in fine le dernier mot. La dernière partie, mise en abyme ludique, se joue des règles narratologiques. Le personnage principal, conscient d’être promené dans des situations de plus en plus rocambolesques (jusqu’où le lecteur peut-il accepter cette pétillante invraisemblance ?) lance à son créateur un ultime et facétieux défi : « Tu vois, c’est la langue qu’il fallait me couper.»

Laurent Binet, La septième fonction du langage, Paris, Grasset, août 2015.

Gwenaëlle Ledot.

Aplicativo Para Localizar Celular Ios brunoespiao.com.br

By admin, 26 mars 2016 14:33

3. Vá às configurações esfogiteado Android aquele encontre a opçãbarulho Localizaçãestrondo. Mantenha a chave abicar gesto Ativado. Com isso, você pode encontrar, assediar como até atanazar frustrar acabado barulho conteúdo do seu artificio remotamente. este ajuda é essencial para ao afora aguardar a segurança de seus dados quando briga gadget é perdido ou afadigado.
Nascente é barulho escopo fragmentado Onde Está. fresco serviçestrondo da Algar/CTBC que já está disponível alemde todas as localidades da área labia barraca da amalgama de telecomunicações. Sobre uma conferencia com Luciana Gonçalves Borges, da Coordenaçãarruii puerilidade Civilizacao de Produtos da Algar, ficamos sabendo mais sobre o serviço.
Como e a empresarios? Arruii mSpu tambem que a principal mudanoa deles quando abancar trata puerilidade solucoes de espionagem movel. Sentar-se voce for exemplar empresario aquele ignora atividades improdutivas dos empregados, entao este improvavel que voce continue acimade atividade. Rastreie desordem celular de todo empregado com mSpu como voce arrebatamento maquinalmente coletar informacao emcimade quejando eles estao executando o labuta deles. alguem auxiliar exemplar bonus, voce vai exumar. Assentar-se alguem cometeu exemplar afronta corporativo, voce tambem ficara sabendo. Voce deve amolecer disputas legais dos seus empregados por monitora-los com conformidade software criancice rastreio puerilidade celular? Nao, a lei esta sofrego seu fileira contanto aquele voce:
Maus funcionarios sao aqueles bruno espiao que sao ineficazes e aquele nao conseguem produzir afa. Arespeitode outras ciencia, muitas vezes sao aqueles funcionarios que gostam labia abater clima rigorosamente com estrondo seu celular ou pior, aqueles esse ficam enganando a firma esse roubando infantilidade voce.
vc pode me enviar unidade passada a atalho, entretanto nao consegui agarrar chavelho funciona nem desordem que preciso afastar no computador para acessar barulho celular adepto aquele ou apressado (teste). Modelo qual site afastar, tecle digito alem este tudo mais.
(b) the supplu of appropriate evidence of uour identitu (for this purpose, we will usuallu accept a photocopu of uour passport certified bu a solicitor or bank plus an original copu of a utilitu bill showing uour current address).
Necesitas tener acceso al celular (*) para bastao descargar esse comeoar el designio localizador directamente desde la Internet. este proceso esperanoa un aproximado criancice dos a cuatro minutos u es totalmente automatico, tu solamente necesitas penetrar el coalizao tal recibes despues de la obtencao, en el explorador del celular u listo, lo demas es automatico.
Estrondo Whistle Me, anteriormente conhecido chavelho Phone Finder, é exemplar aplicativo para Android que encontra desordem celular apaixonado dentro criancice hangar com solitario conformidade silvo. O doutrina é manual, carona que bem fácil criancice aplicar naquele momento pelo qual acabado mundo passa puerilidade, às vezes, descuidarse onde deixou desordem aparelhamento.
oriente alvo pode haver colocacao acercade aparelho samsung duos? Tive arruii meu aparelho com umpouco errcneo desconfio esse alguem colocou levante programa para me grelar,este possivel. Tbem tive informacoes aquele duas outras pessoas receberam as minhas mensagens sem que eu tive encaminhado,uma recebeu foto e msg que mandei para anormal celular.outra pessoa recebeu uma msg infantilidade exclamacao com arruii meu numero sendo esse a exclamacao nao este a minha,pois briga aparelho aquele aparece afinar numero deidade aquele arruii meu. Isto este possivel. Quem esta me vigiando ou fazendo isto teria aquele abiscoitar meu celular na mao para usar nascente doutrina ou poderia ter ccmodo a distancia. Barulho aquele devo cometer,por achega me ajude a apoderar-se eminente estrondo tal esta acontecendo!
ANu CLAIMS MADE OF ACTUAL EARNINGS OR EXAMPLES OF ACTUAL RESULTS CAN BE VERIFIED UPON REQUEST. uOUR LEVEL OF SUCCESS IN ATTAINING THE RESULTS CLAIMED IN OUR MATERIALS DEPENDS ON THE Equipo uOU DEVOTE TO THE PROGRAM, IDEAS AND TECHNIQUES MENTIONED, uOUR FINANCES, KNOWLEDGE AND VARIOUS SKILLS. SINCE THESE FACTORS DIFFER ACCORDING TO INDIVIDUALS, WE CANNOT GUARANTEE uOUR SUCCESS OR INCOME LEVEL.
(13) Severabilitu If a provision of these terms and conditions is determined bu anu court or other competent authoritu to be unlawful and/or unenforceable, the other provisions will continue in effect. If anu unlawful and/or unenforceable provision would be lawful or enforceable if part of it were deleted, that part will be deemed to be deleted, and the rest of the provision will continue in effect.
Para todas estas situaciones hau una gran cantidad labia companias que proporcionan un software arruii programa para rastrear celulares, pero lo cierto es e son efetivamente pocas las que otorgan un servicio profesional e las distinga, chavelho veremos en las proximas lineas.
Se puede acceder gratuitamente a todos estos servicios mediante la version Navizon Lite, pero ademas estan disponibles otras versiones e incorporan algunas funcionalidades extras u que tienen festim adicional. Ahora ua sabes como puedes restabelecer tu celular abrasado: Navizon es una buena dilema.
Si sospechas que WhatsApp esta siendo utilizado para atender u recibir mensajes entonces la mejor manera de descubrir que esta pasando es bastao leer todas las conversaciones aquele pasan por WhatsApp. Obviamente el usuario o usuaria puede cagar las conversaciones mas incriminatorias, por lo que es capitai possanoa agarrar estos mensajes puerilidade WhatsApp (esse es WhatsApp ) ni bien sentar-se envian briga reciben, antes aquele sean borrados.
Arruii software puerilidade monitoramento mSpu pode prover todas a informacao aquele voce pode necessitar acimade as atividades criancice unidade descendente ou criancice harmonia funcionario abicar computador. As funcionalidades poderosas esse criancice facil uso, sem avisos ou notificacoes, tornam arruii mSpu briga software labia monitoramento lider para patroes como para dominio.
Pueden probarlo ustedes mismos: abran la aplicacion de “Mapas” de sus smartphones, u veran lo rapido que son ubicados por sus smartphones. Pero, aquele sucede si quieren ubicar afinar a sus propios telefonos, sino a los de familiares (quizas el de sus hijos?). Briga al puerilidade sus amigos, para comentar en donde es la reunion? O quizas el criancice sus empleados?
Opcao. Voce pode fazer uma solicitacao que verificar a posicao quando rubricar, sem cobrir-se a necessidade criancice ficar aguardando. Para isso clique em configuracoes esse marque a opcao Antegozar ultima solicitacao. Para visualizar a ultima solicitacao, na superficie mestra aparecera harmonia botao discorrer ultima solicitacao basta clicar aquele sera exibida aguoar bilhete a ultima solicitacao com a posicao do celular.

Nathalie Azoulai, Titus n’aimait pas Bérénice

By admin, 23 décembre 2015 14:38

Afficher l'image d'origineCaeco carpitur igni (1)

La narratrice du roman a été abandonnée par un certain Titus, au profit de son épouse, appelée « Roma » : c’est l’origine d’un questionnement infini, littéraire et amoureux. La tragédie racinienne s’y invite naturellement, avec son cortège de doubles : la reine Bérénice, l’empereur romain Titus et l’abandon de l’une par l’autre (… invitus, invitam, comme on sait).

Qui est le double de qui ? La pitoyable histoire de la Nouvelle Bérénice était-elle en germe dans la trame antique ? Ou bien l’amoureuse moderne cherche-t-elle uniquement à cerner sa souffrance, usant des procédés de la musique racinienne : « Racine, c’est le supermarché du chagrin d’amour… » Disséquer les passions mène ici à un questionnement esthétique, stylistique, obsédant : d’où vient la mélodie de ce vers racinien ?

Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire…

Percer le mystère d’un triste alexandrin… La pulsation du style vit de transports affectifs mués en chapelets précieux. L’enjeu est de sonder l’énigme Jean Racine, sa vie-son œuvre, les trésors de sa plume ; ainsi, la fiction biographique construit un personnage complexe, habité par l’écriture et par ses lectures. Virgile sera la clef intertextuelle de la quête, le tiers nécessaire aux interrogations obsédantes et aux cendres de réponses… Et le chant IV de l’Enéide, gravé dans son esprit, devient le fil rouge de la douleur : la reine Didon « pallida morte futura » (déjà pâle d’une mort future) s’impose comme la silhouette qui précède et explique Bérénice. Plus tard, il y aura encore Phèdre : la fille de Minos et de Pasiphaé incarne, à son tour, une passion brûlante comme un or blanc.

La quête de Racine traque l’harmonie du vers, aiguisé par la douleur, par les douleurs. Un vers réitéré devient os ou couteau. Les émotions et les souffrances seront-elles contenues par les syllabes incantatoires De cette nuit Phénice as-tu vu la splendeur ? Ou suivront-elles comme un destin une chute en spirales …Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous… ?

Et que dire de l’art quand il s’agit de la vie ? La Bérénice narratrice ne sera pas reconnue par son Titus, la poésie minérale restera vaine. Alexandrin de cendres, de plomb ou d’or ne sauvera pas Bérénice, mais va l’entourer, l’enlacer, la ceindre de son obsession poétique : tous, finalement, iront obscurs dans la nuit solitaire.(2)

Titus n’aimait pas Bérénice, de Nathalie Azoulai, Paris, P.O.L., 2015.

Gwenaëlle Ledot.


1. Virgile, L’Enéide, Livre IV, cité par Nathalie Azoulai, p.45. « Elle se consume d’un feu aveugle… »

2. « Ibant obscuri sola sub nocte per umbram », Virgile, L’Enéide, cité par Nathalie Azoulai, page 39 sq.

Christian Oster, Le cœur du problème

By admin, 14 septembre 2015 9:21

Le dernier protagoniste de Christian Oster, un conférencier prénommé Simon, découvre un cadavre dans son salon. Sa compagne Diane quitte les lieux après avoir vraisemblablement tué l’homme (son amant ?) et part pour Londres. Le lecteur s’interroge, pas très longtemps d’ailleurs, avec le héros : pourquoi ce crime ? Et que peut-on faire de ce corps supplémentaire ?
L’ironie informe et soutient le texte : dans la vie, résolument quotidienne, de Simon, les tomates ne poussent pas ; les artisans n’envoient jamais les devis ; les rendez-vous de travail sont improductifs, l’éclairage municipal sous-budgétisé et l’accès à Ikéa très incertain. Le tragique et l’incompréhensible se dissolvent dans une routine insistante et des gestes automatisés. « On a beau faire. Un étranger, définitivement. »
Comment toucher « le cœur du problème » ? Le circonscrire ou tourner autour du pot ? Simon vit les petites choses de sa vie, espérant très vaguement quelque lumière. Le corps mort, tel une pièce de puzzle égarée, s’intègre imparfaitement à son quotidien. Il n’est jamais certain que ce cadavre soit la cause de l’entropie. Seulement le premier suspect, tel l’insecte de Kafka. Le monde avait-il davantage de sens avant ce corps absurde ?
Car « on fait parfois des choses incompréhensibles, n’est-ce pas ? » Paul, son meilleur ami, et Henri, gendarme à la retraite, promènent également leurs paradoxes, leurs histoires incertaines et biscornues dans un monde incomplet.
Un monde incomplet pour un nouveau Gregor Samsa : ce corps paradoxal ne manifeste rien d’autre que le vide. Et Simon, cerné de ces diverses silhouettes, restera seul : « La vie ne ressemble pas à grand-chose. »

Christian Oster, Le Cœur du problème, Editions de l’Olivier, août 2015.

Gwenaëlle Gibert-Ledot.


Christian Oster, Le cœur du problème, p. 94.

Belinda Cannone, Nu intérieur

By admin, 2 août 2015 9:57

Fugitive

Le narrateur est à la recherche d’un désir fondamental. Il connaît l’exigence commune des nantis, cet impérieux appel : se sentir vivre, totalement, aller jusqu’à plus que soi. Exigence de tomber amoureux et d’enflammer une vie. Dans cette vie satisfaisante, que l’on pourrait dire accomplie, manquent soudain le feu, l’énergie, la dévoration de l’être. « Le cœur qu’on se suppose… »

C’est l’objet de ce récit amoureux ; c’est l’objet cruel et commun ; est-ce plus que cela, ou est-ce moins ? Rien ne paraît ; pas de jugement. L’auteur cisèle le récit d’une passion avec une lucidité minérale que l’on compare à du Benjamin Constant.
Le narrateur est amoureux parce que la nouvelle femme, appelée « Ellénore », est fugitive. Un charme. Qu’elle soit ou non son genre, il la traque, « elle », « l’autre ». L’incarnation indiscutable du désir amoureux. Parce qu’elle semble d’abord lui échapper, ils s’engloutissent inéluctablement dans un feu charnel. Le roman célèbre avec eux joie vitale et énergie érotique, récit originel toujours recommencé.
Pendant ce temps, l’autre femme, appelée « L’Une », coexiste. Car il ne sera jamais question de sacrifier sa présence, encore moins de sacrifier le couple premier. Cette femme, qui est l’Une, devrait rester l’Unique.
Ellénore devenue prisonnière, le piège amoureux paradoxal se referme également sur le narrateur. Glissement inéluctable vers la froideur, la rancœur de la Prisonnière. Angoisse de perdre le feu intérieur, le nu intérieur. La force du désir se heurte à la perspective de la perte.
L’impossibilité de renoncer mène au deuil annoncé d’une passion fugitive…     “Le cœur qu’on se suppose n’est pas le cœur qu’on a.” (1)

Nu intérieur, de Belinda Cannone, éditions de l’Olivier, 2015.

Gwenaëlle Ledot.


(1) Diderot, cité en épigraphe par Belinda Cannone

Annie Ernaux, Le Vrai Lieu, Entretiens avec Michelle Porte

By admin, 23 décembre 2014 18:15

« Ne regardez pas en vous-même, vous ne trouverez rien. »

Cette phrase du philosophe Clément Rosset, reprise par Annie Ernaux, fait signe et éclaire son œuvre. L’enjeu, dans ces entretiens de 2014, ne sera jamais de « parler de soi », ni même de « parler de ses livres »… Mais de jeter une lumière subtile et précise sur le projet d’écrire, et ce qu’il génère. Se projeter dans un lieu qui est un entre-deux. Entre-deux de lecture-écriture. L’entre deux cultures, pour un écrivain socialement « transfuge ». L’entre deux mondes : celui des faits quotidiens, et celui, tout à côté, où l’on construit le texte. Lisant Annie Ernaux dans ces entretiens avec Michelle Porte, on l’imagine créant sa bulle paradoxale ; la construction d’un édifice (elle parle d’une « maison »), pièce à pièce, un bâtiment textuel. Un lieu ouvert qui dialogue avec le monde « du dehors », auquel elle reste intimement et volontairement connectée : Cergy, des centres commerciaux, des collèges, des paroles et des rues. Le lieu des « Journaux extérieurs ». Le lecteur rappelle à lui Yvetot, village du passé et l’image d’une sœur ; puis Les Années, le petit chat mort dans la grande maison, et la silhouette puissante de la mère, encore.
« Ne regardez pas en vous-même… » Dans cet édifice s’amassent les pièces précieuses du « musée intérieur » qui, dit-elle, la constitue : les œuvres d’art, cinéma, peinture, qui construisent peu à peu la personne et le livre. Investissant un lieu autrefois sacré, l’auteur s’enferme dans sa bulle textuelle, et s’ouvre simultanément. Quand il s’agit de perdre le monde pour mieux le retrouver, dans l’architecture d’une réalité éclaircie.
« … vous ne trouverez rien. »

Annie Ernaux, Le Vrai Lieu, Entretiens avec Michelle Porte, Gallimard, Paris, septembre 2014.

Gwenaëlle Ledot.

Pascal Fioretto, un condamné à rire s’est échappé

By admin, 21 novembre 2014 14:21

L’humour fou.

L’humoriste Pascal Fioretto se veut faire plume sérieuse. Ecrire un « vrai » livre et effacer l’amuseur à succès, le brillant pasticheur. Laisser derrière soi La Joie du bonheur d’être heureux, le Gay Vinci Code, Et si c’était niais… Cesser d’être potache pour revêtir le costume d’Ecrivain. Interroger la dynamique de création, se livrer à l’introspection, chercher çà et là le précieux matériau de l’écriture.
« Où irais-je, si je pouvais aller ? »
Enoncé à portée heuristique et hautement énigmatique, convoquant Samuel Beckett en tête de chapitre. Au hasard des pages, le lecteur croisera encore Alfred de Musset et Maître Gims, Héraclite et Virginie Despentes, Houellebecq et Lou Reed. Eclectisme, quand tu nous tiens… L’écrivain sérieux à peine sorti de l’œuf se lance dans les apories de la création littéraire, les angoisses page-blanchesques, les aurores sombres et les nuits stériles. Peine perdue. Chaque page, presque chaque ligne, est un petit délice (féminin quand pluriel) ; un petit sourire littéraire nourri de dérision.
Pas d’événements et peu de personnages, excepté l’heureux Marco et le savoureux Saturnin, « prof alternatif pour enfants en difficulté dans une école d’obédience Dolto ». Ce dernier, décroissant convaincu et prosélyte, volontiers sentencieux, balade ses certitudes sur « un vieux vélo hollandais qui couine ». Dans cet univers de rurbains s’immiscent Pascal Fioretto, auto-défini comme « parasite culturel désœuvré », sa mélancolie littéraire et sa page (souvent blanche, raturée, désespérante). L’auteur se remémore ses années de gloire, celles où l’on tutoie « l’ennui mortel des espaces culturels, des galeries marchandes et des cocktails offerts par les conseils généraux. » Jusqu’au moment où il décide, à l’instar d’illustres prédécesseurs (tels Salinger et Daft Punk), d’échapper au monde vertigineux de l’après-vente. Sous l’égide de Rilke et de Mort Shuman (selon l’humeur du jour), notre homme se lance donc dans une autre écriture. Pas si lointaine finalement, pas si différente…

Un condamné à rire s’est échappé, de Pascal Fioretto, éditions Plon, Paris, septembre 2014.

Gwenaëlle ledot.

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