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Category: Romans étrangers

Mary Ann Shaffer et Annie Barrows, Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates

By admin, 16 février 2010 16:00

« Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates »


Un nom improbable pour un succès mérité : The Guernsey Literary and Potatoe Peel Pie Society a vu son titre français tronqué (il faudrait, plus littéralement, comprendre : Le cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey). Le roman, écrit à quatre mains, est l’œuvre de Mary Ann Shaffer, bibliothécaire américaine, et de sa nièce Annie Barrows, auteur de littérature de jeunesse.

Ce récit épistolaire met en scène la très attachante Juliet, elle-même écrivain, qui découvre le passé perdu de l’île anglo-normande : le temps de l’Occupation allemande, temps des souffrances et des doutes qui voit naître un horizon inattendu de courage et d’amour. L’histoire est celle d’un groupe passablement hétéroclite (« un chiffonnier, un aliéniste déchu qui boit trop, un porcher bègue, un valet de pied qui se prend pour un lord…»), qui, sous couvert de littérature, se réunira pour partager quelques dîners à la barbe de l’occupant.

L’ensemble donne lieu à un propos rafraîchissant sur l’amour de la lecture; les expériences du livre qui se partagent émeuvent et surprennent: celle de Clovis (« Il m’a donné à lire un livre d’un certain Catulle »), d’Eben Ramsey (« J’en suis venu à comprendre que messieurs Dickens et Wordsworth pensaient à des hommes comme moi en écrivant »), ou encore de John Booker (« Je n’ai lu et relu qu’un seul livre: les Lettres de Sénèque traduites du latin, en un seul tome avec appendice. »)

Tout cela ne donne encore qu’une idée bien limitée de ce grand succès romanesque : Juliet, qui porte le roman,rappelle irrésistiblement les héroïnes de Jane Austen ou des sœurs Brontë. Le roman est dans le sillage implicite des grands auteurs de langue anglaise, de Charles Lamb à Oscar Wilde. Il proclame jusqu’à la fin l’amour de la littérature, bercé par les flots de Guernesey : « Le soleil couchant borde les nuages d’un or luminescent et la mer gémit au bas des falaises. Quand je me suis levée, ce matin la mer semblait pleine de piécettes d’or. Et, maintenant, on la croirait recouverte de dépôts de citron. »

Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, Mary Ann Shaffer et Annie Barrows, Nil éditions, avril 2009, 391 p., 19 €.

Gwénaëlle Ledot.  

Article paru dans le Normandie Magazine N° 232 Novembre-Décembre 2009

Salman Rushdie, L’Enchanteresse de Florence

By admin, 29 décembre 2009 16:48

Contes cruels


« Il était une fois… »

Un jeune homme se présente à la cour du Grand Moghol et se fait passer pour l’ambassadeur de la reine Elizabeth. Rapidement démasqué, il doit son salut à l’inhabituelle clémence de l’Empereur. L’Enchanteresse de Florence, le dernier roman de Salman Rushdie, fait miroiter la Renaissance florentine et les légendes orientales. Le récit prend place au cœur des Indes, aux confins d’une mer d’or : la chaleur fait vibrer la cité orientale de Sikri, ville aux allures de mirage.

« Il était une fois un prince… »

L’Empereur, descendant direct de Gengis Khan, en est l’Enchanteur et le souverain excentrique. Ses fantaisies sont multiples, séduisantes et dangereuses. Il voue un culte à Jodha, courtisane adulée, dont le seul défaut, dit-on, est de ne pas exister ; accorde sa protection à un éléphant fou qui rend occasionnellement la justice ; se pique de poésie, de métaphysique et de philosophie.

« Il était une fois un prince, qui possédait des armes enchantées… »

Le jeune homme blond qui s’avance imprudemment à la cour de Sikri est un imposteur professionnel : il se fait appeler Uccello, Niccolo Vespucci, ou Mogor dell’Amore. Et tente, comme si rien n’était impossible, de se faire passer pour l’oncle de l’Empereur.

« Il était une fois un prince, qui possédait des armes enchantées, quatre géants terrifiants et une femme… »

Dans le rêve lumineux de l’Empereur, le conte fait paraître l’angélique créature, le vivant soleil de Pétrarque. Mais le Canzoniere cède bientôt place à une trame colorée qui dit le pauvre destin des hommes, et leur existence évanouie en songe. « Dans ce monde tellement dépourvu d’amour, peut-être est-il plus sage de rêver que de vivre éveillé. » Le conte devient verre de Murano, opalescent. Il se fait miniature indienne: le roman ondoyant se transforme, miroite, scintille à l’infini.

« Quatre géants terrifiants et une femme… La plus belle des femmes. »

On se perd délicieusement dans un dédale de récits et de figures légendaires. Les enchanteresses se dédoublent, se multiplient : elles sont nommées Angelica, Florence - la ville elle-même est magicienne - ou Alessandra. Elles sont un mirage, peut-être.

Qara Köz est l’une de ces enchanteresses : incarnation de la Beauté et de la Magie orientale, ensorceleuse accompagnée toujours par son double, elle figurera par son voyage l’autre rencontre de l’Orient et de l’Occident. Niccolo Vespucci prétendra être son fils. L’Empereur devra lever le mystère.

Ce mystère qui accompagne l’aventurier et le lecteur n’est pas l’essentiel. Au commencement est le Voyage, qui mêle dans un scintillement étourdissant, un foisonnement vertigineux, toutes les énigmes du monde humain. Il faut donc accepter de se perdre: la poétique du Labyrinthe érigée par Rushdie est la leçon du voyage romanesque.

« Quel est donc ce conte de fées pour lequel tu as traversé la moitié du monde ? »

L’Enchanteresse de Florence, Salman Rushdie, éditions Plon, « Feux croisés », octobre 2008, 407 pages, 23 €.Gwenaëlle Ledot.

Article paru dans le Normandie Magazine N° 227, février-mars 2009

 

 

 

 

 

 

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