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Claude Pujade-Renaud, Dans l’ombre de la lumière

By admin, 22 août 2013 10:21

« C’était à Megara, faubourg de Carthage… »

 

L’histoire commence à Carthage, époque d’Augustinus, ou saint Augustin. Son ancienne compagne, Elissa, se souvient : « Un siècle s’achève, un monde s’effondre. Toi, tu écris tes Confessions. »

Et c’est un long deuil qui commence. Le récit d’une mort intérieure.

Oscillation entre un présent suspendu et le passé dont l’héroïne tisse la mémoire, tire les fils : Elissa a quarante-cinq ans au début du récit, et vit chez un couple d’amis à Carthage. Bien avant les conquêtes barbares, avant l’arrivée sur la ville du peuple de ténèbres… Elle rappelle à elle les figures et les moments qui hantent une vie perdue : un passé errant où elle a été répudiée par son amant, le grand saint Augustin, pas encore figé par l’aura de la postérité.  Elissa s’adresse à Lui, l’orateur, l’évêque, le présent-absent :

« Est-ce que j’existe encore dans ta mémoire, ton étonnante mémoire ? Une ombre tremblée ? Une erreur de personne ? Un objet sans importance largué en chemin ? »

Le grand homme l’a quittée, il y a fort longtemps déjà, et leur fils s’en est allé, dans la nuit et la neige. Le vide depuis guette Elissa, nouvelle Didon ; hantée par le constat renouvelé de la fuite :

« Les hommes fuient. Loin de la mère. Loin de la grande amoureuse. Peut-être les confondent-ils ? »

Le texte semble écrit en mémoire de Megara, d’Enée, d’Ulysse et Jason… Renvoie le reflet pourpre des guerres puniques et le reflet mordoré d’Alexandrie : aussi, un univers entier s’élève, sous une lumière crue.

Sous cette lumière crue, Elissa-Didon est blafarde. Pallida morte futura, écrivait Virgile. Pâle déjà d’une mort future.

« Ne te tracasse pas, je suis déjà morte. »

 

Dans l’ombre de la lumière, de Claude Pujade-Renaud, Paris, Actes Sud, janvier 2013.

Gwenaëlle Ledot.

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