Jacques-Pierre Amette, Journal météorologique
Un été chez Amette
On ne présente plus Jacques-Pierre Amette, même pas en tant qu’écrivain normand (1) : critique littéraire au Point, il a longtemps voyagé en compagnie choisie : Brecht, Hölderlin, Voltaire… La Maîtresse de Brecht obtient un prix Goncourt surprise en 2003. Depuis, le succès de Jacques-Pierre Amette, critique, romancier, dramaturge, ne se dément pas.L’été 2008, Amette l’a passé dans un village breton : vue sur la mer, prégnance élémentaire. Depuis longtemps l’auteur pressent que l’essentiel est de ce côté. « Lumière forte, horizontale, divine, qui s’étale. Au loin les rochers blanchissent et bouillonnent (…) Bouffée de vents tièdes. »Le flic très spécial du Lac d’or (paru en 2008) était en quête, déjà, de la « fontaine lumineuse » des jours passés. La substance des éléments prend le pas sur les jeux des hommes. Ce Journal météorologique permet à Amette d’aller jusqu’au bout de ses certitudes : «Il y avait autre chose, il y avait autre chose d’irréductible, de fidèle. La terre s’obstinait à durer et persévérer au-delà des regards humains. » (2)
Diariste de l’éternel et de l’élément, Amette se livre dans ce journal si particulier à la contemplation. Y participent Ariane, à la vénusté antique et marmoréenne – et l’Écrivain, visiteur du soir, Swann de circonstance. Les deux compagnons d’Amette ont le goût de tenir leur rôle à la perfection : conversations littéraires et doucement embrumées, visites vespérales pour l’un ; sensualité de muse et jupe vichy pour l’autre. L’écrivain, proustien jusqu’à la plume, « achète une botte d’asperges pour la décrire ». Au-delà des notations subtilement décalées, une amitié empathique s’écrit. Un été chez Amette, c’est un été parfait, anéantissement des contingences, résurgence des nécessités. Une prose poétique à découvrir. En épigraphe, Baudelaire, d’ailleurs : « Le monde stupéfié s’affaisse lâchement et fait la sieste, une sieste qui est une espèce de mort savoureuse où le dormeur, à demi éveillé, goûte les voluptés de son anéantissement. »
Journal météorologique, de Jacques-Pierre Amette, éditions des Équateurs, mars 2009, 153 pages, 16 €.
(1) Jacques-Pierre Amette, in Écrivains de Normandie, numéro spécial de Normandie Magazine, 2007.
(2) Un été chez Voltaire, Jacques-Pierre Amette, Albin Michel, 2007.
Gwenaëlle Ledot
Article paru dans le Normandie Magazine ° 229, mai-juin 2009.
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