Biodégradable
Le corps humain est biodégradable : l’une des choses que vous apprendrez par le dernier opus de Jean-Louis Fournier (Prix Femina 2008 pour Où on va, papa ?) En fait, Jean-Louis Fournier ne va plus. À sa manière, caustique et savoureuse, il s’emploie surtout à ciseler quelques vérités : « Mon arrière-grand-père est mort, mon grand-père est mort, mon père est mort… Je crains que ce soit héréditaire. » Le texte, drôle et amer, acide et pétillant, fait défiler quelques personnages ou objets iconiques : une Alice du passé que l’auteur ne reconnaît plus ; un fauteuil-relaxe comme cadeau de retraite ; un toboggan comme métaphore de l’existence. Pierre Desproges, collaborateur et ami intime de Fournier, est toujours dans les parages. Par surprise, après le cynisme léger et l’humour décapant, la poésie, au détour d’une phrase. Comme par hasard, comme la politesse d’un grand : « Avant, je vidais mon verre très vite, je voulais le finir tout de suite, je croyais qu’il y avait une surprise au fond. Je n’ai rien trouvé. »Suivent quelques historiettes pour une destinataire de choix : sa psy. Tous ses lecteurs savent bien que Jean-Louis Fournier n’a pas été épargné par l’existence, mais le but de l’entreprise peut ici vous surprendre : « Ma psy est tristounette, je vais essayer de la requinquer ». Paraboles légères et contes subtils s’enchaînent. La sagesse de Fournier est celle des hommes qui ont cessé, comme l’écrivait Desproges, de « caracoler derrière leur vie ». Avec un résultat, d’ailleurs : « Aux dernières nouvelles, ma psy va beaucoup mieux. Moi, c’est une autre histoire. »Mon dernier cheveu noir, suivi de Histoires pour distraire ma psy, de Jean-Louis Fournier, éditions Anne Carrière, mai 2009, 317 p., 19,50 €. Article paru dans le Normandie Magazine N° 230 Eté 2009
Gwenaëlle Ledot