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Alain Rémond, Le cintre était sur la banquette arrière

By admin, 20 décembre 2009 17:04

Des cintres et des hommes

Alain Rémond, pourfendeur de cintres et grand défenseur des banquettes arrière, a nourri de ses chroniques douces-amères, subtiles et souriantes, les lecteurs de Télérama et de Marianne. Sel de l’ironie et esprit humaniste, Alain Rémond n’a rien perdu de ses engagements de jeunesse et de l’acuité des premiers textes. On n’oublie pas qu’il nous a fait parfois pleurer, ni la douleur partagée de Chaque jour est un adieu (publié en 2000), premier volet d’un triptyque autobiographique empreint de sobre sincérité. Construit autour de quelques mots de Chateaubriand (« Tous mes jours sont des adieux »), construit autour de quelques fragments d’enfance, le texte d’Alain Rémond nous avait emmenés, doucement, dans la quête du moment précieux, celui où tout bascule: « Je vais maintenant aller à pas comptés, je marche au bord du gouffre. » Le bonheur de l’enfance mêlé aux rires brisés, le narrateur y chasse des journées lumineuses et enfuies,
« tremblantes et frémissantes » : « Trop de souvenirs. Trop de bonheur. Trop de morts. » Cette quête autobiographique en suspens, Alain Rémond s’emploie, entêté, à faire sourire et réfléchir ses contemporains : Le cintre est sur la banquette arrière, recueil savoureux de chroniques initialement publiées dans Marianne, vient de paraître. Il y est question de manchots, de « textique », de chou farci et de politique. Donc de la vie. C’est à lire.

 

Sourire et réfléchir ? Salutaire et corrosif, Pascal Fioretto est, lui aussi, de retour. Non pas pourfendeur de cintres, mais, de son état, traqueur de bêtise et de mercantilisme. Après nous avoir régalés dans Et si c’était niais ? (publié en 2007) de son talent de pasticheur, il revient avec La JOIE du BONHEUR d’être HEUREUX (enrichi en Oméga 3). Où il s’attaque aux bradeurs de vie, aux camelots condescendants de la société moderne, aux marchands de bonheur de tout poil : numérologues, psychologues de bazar, coaches de vie conjugale, « médecins doux » autoproclamés, « résilienceurs » professionnels. L’héroïne de Fioretto, pauvre Emma Bovary d’époque contemporaine, verra venir à sa rescousse autant de Bouvard et Pécuchet modernes et incompétents : elle expérimentera tour à tour « le jeûne dînatoire âyurvédique » et le « yoga des paupières ». Achètera un « drap de cuivre pour évacuer les ions négatifs » ainsi qu’un « oreiller en balle d’épeautre et un diffuseur d’huiles essentielles » ; apprendra avec Poalo Coalo, l’écrivain-archiviste, qu’il faut « réenchanter sa rivière secrète pour passer sur l’autre rive de soi-même », et dans le fameux magazine PsychoPlus que « chacun d’entre nous a une légende à écrire, en lettres de feu, sur le parchemin de l’histoire » ; elle éprouvera encore « l’action purificatrice, équilibrante et reconstituante des Oméga 3 » et comprendra, enfin, pourquoi les hommes mangent des Mars et les femmes du Bifidus…

Que ceux qui n’ont jamais hanté les rayonnages de Développement Personnel, avalé des « décoctions de diachylum arsenical bio » prescrites par quelque aroma-naturothérapeute, parcouru fébrilement les écrits de « Sébastien-Stéphane Schreiban-Server » afin de « guérir sans être malade » jettent à l’héroïne la première pierre : quête du bonheur trop humaine et trop moderne, vente à l’encan du désespoir contemporain. Bref, on a le droit de préférer Pascal Fioretto en pasticheur de génie dans Et si c’était niais ?, mais pas celui d’ignorer l’émergence de cette plume bienfaisante et caustique : osons le dire, la lecture de Fioretto est recommandée pour la santé.

Alain Rémond, Le cintre était sur la banquette arrière, Petites chroniques de la vie quotidienne, Seuil, mai 2008, 243 pages, 17 €.

Pascal Fioretto, La JOIE du BONHEUR d’être HEUREUX (enrichi en Oméga 3), éditions Chiflet, mai 2008, 214 p., 15 €.

Gwenaëlle Ledot

 

Article paru dans le Normandie Magazine N° 224 de septembre-octobre 2008.

 

 

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