RSS RSS

Posts tagged: Nathalie Papin

Nathalie Papin, Femme dans la Rome impériale

By admin, 30 septembre 2010 13:56

Femmes d’hier

Que sait-on de la femme romaine ? Sera-t-elle fille et épouse, matrona (mère de famille) ou domina (maîtresse de maison) ? L’enquête proposée par Nathalie Papin, historienne de formation et journaliste (elle tient la rubrique « Un week-end à Paris » pour Normandie Magazine), révèle un itinéraire parsemé d’embûches. Si les risques d’exposition ou de mort prématurée ont été évités (un tiers des enfants romains meurent avant leur premier anniversaire, et la moitié avant l’âge de dix ans), les destins les plus heureux sont aussi des plus divers, selon l’extraction de la demoiselle. L’esclave et la patricienne, la musicienne ou l’impératrice révèlent ainsi les ressorts étonnants de la société impériale.Quel que soit son statut, le principe de société est « l’incapacité juridique, politique, judiciaire, civique » de la femme. Dans les faits, les choses sont plus complexes : « Dans la réalité, elles ont un certain nombre de privilèges ainsi que des pouvoirs gagnés par leur volonté et selon leur caractère ». Quelques femmes de pouvoir sont restées célèbres sous la plume de Pline ou Martial, mais Nathalie Papin s’attache à décrire quelques trajectoires plus surprenantes encore.

On suit ainsi les pas de Fabiola, la première femme-chirurgien connue, morte en 399 et célèbre pour avoir créé des hôpitaux destinés aux nécessiteux. Une vie exceptionnelle, qui convoque les témoignages du temps. Celius Aurélien, lui-même médecin, décrit en ces termes les exigences liées aux professionnelles de la santé :

« Elles doivent savoir écrire, avoir une mémoire fidèle, une santé robuste, un tempérament égal ; elles doivent avoir de longs doigts effilés, des ongles courts et arrondis, tenir leurs mains très propres et ne pas filer la laine, pour ne pas nuire à la finesse de leur peau. Il faut qu’elles connaissent la diététique, la pharmacie et la chirurgie usuelle. » On découvre en passant tous les paradoxes de la médecine romaine, « mélange de techniques poussées, dont la modernité surprend, et de croyances beaucoup plus fantaisistes. »

Ces ambiguïtés et paradoxes ne sont pas isolés. Même si les Romains goûtent fort l’art de la danse et du chant, musiciennes ou chanteuses gardent un statut infamant, comparé souvent à celui des prostituées. Quant aux femmes du peuple, elles « exercent une foule de petits métiers plus ou moins rémunérés, considérés, méprisés, honnis. La grande majorité des “actives” vit dans des conditions modestes et exerce des activités humbles par nécessité plutôt que par goût. »

Émaillé d’anecdotes piquantes, soutenu par les écrits de Juvénal, Martial ou Pétrone (il n’est jamais inutile de rafraîchir ses classiques), l’essai est à la fois solide et attractif. On y glanera à l’occasion quelques recettes plutôt exotiques (le goût romain, très différent du nôtre, privilégie le bouilli et les épices…) et divers secrets de beauté. Si le lait d’ânesse de Poppée est resté célèbre, certains onguents réservent des formules plus surprenantes encore : graisse d’oie, huile de rose et… toile d’araignée. Ovide lui-même n’a-t-il pas publié un traité consacré à la beauté féminine ? À lire avec quelque précaution…

Femme dans la Rome impériale, Nathalie Papin, éditions Altipresse, mars 2010, 223 p., 22 €.

 Gwenaëlle Ledot  

 

 

 

 

 

 

Persephone Theme by Themocracy